Je me souvenais plus quand j’avais démonté mon choubersky, mais c'était sûr: plus jamais je me laisserais désarçonner par des boulets.
L’autre, Bernarduche, qu’était grand comme un tire-jus et qui se croyait arrivé : à la turne, Bernard ! Avec des sbires emmoustachés devant la porte. Ca lui ferait les arpions, il allait comprendre ce que c’était que faire son lardé ! Je commençais à avoir de la bouteille, depuis que j’avais rencontré Arthur, celui qui avait la manie de me glisser entre les doigts à chaque fois que je roulais des fesses.
Il m’avait envoyé sa copine Hécate, alors il pouvait bien aller se faire dorer la lune. Parce que j’étais pas le groom du caporal, non plus. Faire l’aiguilleur du ciel, chercher les danseuses de flamenco, préparer les vivres, se farcir le dico des prénoms et autres, eh ben, il allait faire banque blèche, comme Bernard. Allez, on liquide et on s’en va. Le rosbruc pouvait frapper à l’huis, nenni, rien, nibe, pas de bonne sœur à la vitrine, pour une fois.
Parce là, c’était un peu le fourbi arabe. J’avais bien essayé la marche à reculons, comme disait Sherlock et je m’étais retrouvée à faire la greluche à Tite Street. D’un autre côté, j’avais bien apprécié la balade. C’était plutôt jobiche, comme coin, Chelsea. Pas bien éclairé la nuit, mais il paraît que la Reine avait pas le temps d’allumer tous les réverbères. Drôle de boulot, Reine.
Alors, j’avais donc décidé de faire Taulier, ça pouvait rapporter de la zozotte, parce depuis tout ces mois où j’étais nourrie-blanchie, où on m’avait branché le déconophone, je réfléchissais dans ma cabèche.
Taulier. Ca m’allait bien comme parcours professionnel, j’avais bien étudié tous les indicateurs de la tôle et reluqué leurs pognes : elles étaient pleines de flouze, et pas de la roupie de sansonnet, du vrai, du lourd, du sonnant et du trébuchant.
Des vrais coffres-forts sur pattes.
Moi, j’avais déjà les clés, manquait le coffre. J’avais jamais eu de souffle.
Et Taulier, c’était fastoche comme avaler l’Auvergnat : y avait qu’à ouvrir la bouche et on était propulsé au Paradis des richards direct comme une pluie de pulsars.
On touchait même vingt mille à la case départ, de quoi se faire un pécule pour ses sandwiches et la bibine.
Après, y avait qu’à écrire des trucs avec des mots, qu’il y en avait plein le dico à la bibli. Après, c’était encore pas sorcier, fallait les mettre les uns au bout des autres, en gras, en maigre, en Italie, avec des interstices au milieu pour pas tout mélanger les paragraphes. On mettait des bandes qui défilaient à droite et à gauche, on leur faisait prendre l'ascenseur, des fois ça fichait un peu le tournis mais avec la bouteille de Schoum, ça faisait la rue Michel.
Et aussi, on pouvait mettre des notes de musique si y avait la place, mais ça pourrissait la comprenette, vu qu’on pouvait pas avoir la citrouille au four et au moulin. Fallait voir.
Bon, quand même, le plus duraille, c’était d’être intelligent ou rigolo. Ou les
deux.
Mais ça c’était comme les cercueils à deux places.
Ou alors mettre des photos de sa grand-mère, ou de cactus, ou de moutons, ou de sapins de Noël Place Kléber à Strasbourg pendant trois mois, en attendant Pâques histoire de pas poser de lapin, ça vous mettait le palpitant à l’envers.
J’y mettrais bien la mienne, de grand-dabuche. Elle avait un beau blaze : Marguerite, comme les vaches. Et moi, elle m’appelait Loreleï, je me rappelais maintenant. Ca bouclerait la boucle. Mais elle avait pas eu le temps de se faire tirer le portrait, elle était pour ainsi dire morte avant Daguerre, la pauvre, elle avait pas eu le temps. Et le temps, à l’époque, c’était argentique et comptant. Pas comme maintenant, avec ces trucs à numéros qui flashent tout ce qui bougent et qu’on branche.
A part ça, j’y voyais pas de blème à être Taulier. Suffisait d’avoir des doigts et des touches. Et quelques appâts à droite et à gauche, pour attraper le goujon.
Plus quelques aminches qui venaient jacter de la pluie, du beau temps, des moutons tarbais, des fascicules qu’on trouve pas ailleurs, de l’élevage des huitres en Basse-Bretagne, du crépi hydrophuge, des parapluies rouges, ou des petits délires ou des champs magnétiques. Chacun son truc.
Enfin, après ça, ils se poussaient du faux-col les Tauliers.
Maître Gonin est mort, le monde n'est plus grue, je me disais.
Je comprenais plus ce que je pensais, mais si ça marchait pas, je me mettrais sur la trolle.
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