Ce matin, le temps était lumineux. Au-delà des arbres bruissants, le ballet
doré de la lumière commençait sa valse lente au-dessus des toits. Le soleil était à peine levé. Réveillée par le chant strident des oiseaux, je ne parvenais pas à émerger de cette nuit de rêves.
Tous les feux-follets étaient au rendez-vous : Blaise, Alicia, Alfred, mon arrière grand-père, les Boxers. Il était déjà tard dans la nuit quand le sommeil m'avait assommée, mais les visions
étaient toujours tenaces. Trop fatiguée pour entreprendre une visite à la conservation, je décidai de n'employer la journée qu'aux seules tâches ménagères, espérant qu'à m'occuper les mains je
m’encombrerais moins l'esprit.
L’ordre des choses était bien chamboulé depuis cette rencontre au Père-Lachaise.
Je m'habillais de sombres évidences, d'échos assourdissants. Mon corps devenait
celui d'une autre, emberlificoté dans d'étroits oripeaux.
La terre n'était plus ronde, je marchais sur un cube, la tête en bas quand quelqu'un lançait les dès. Ma pensée ne suivait plus, elle se déployait comme un éventail qu'on agite, ou s'enroulait,
devenait escargot et je retournais au centre.
J’essayais de remettre méthodiquement de l’ordre dans ce capharnaüm : August Werther avait disparu à Pékin. Alfred de Waldersee avait dirigé le commandement des forces suprêmes en Chine, Alicia lisait avec les pieds. Tout ça ne ressemblait à rien.
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