Ce matin, le temps était lumineux. Le vent avait balayé le ciel de ses lourds nuages. Au-delà des arbres bruissants, le ballet doré de la lumière commençait sa valse lente au-dessus des toits. Le soleil était à peine levé. Réveillée par le chant strident des oiseaux, je ne parvenais pas à émerger de cette nuit de rêves. Tous mes feux-follets étaient au rendez-vous : Arthur, Alicia, Alfred, mon arrière grand-père, les Boxers. Il était déjà tard dans la nuit quand le sommeil m'avait assommée, mais les visions étaient toujours tenaces. Trop fatiguée pour entreprendre une visite à la conservation, je décidai de n'employer la journée qu'aux seules tâches ménagères, espérant qu'à m'occuper les mains je m’encombrerais moins l'esprit.
Mon chéri était encore au diable vauvert, à étudier les accortes paysannes suédoises, à peaufiner des rapports et des debriefings studieux. Et à cette heure encore sous le charme. Inutile de déranger, les désirs sont mystérieux et il ne faut pas perturber l'ordre des choses.
Un ordre des choses bien chamboulé depuis cette rencontre au Père-Lachaise. La vie est un sommeil, l'amour en est le rêve. Et vous aurez vécu si vous avez aimé ! Alfred de Musset avait tout compris.

En fait de travaux domestiques, je me ruai sur Internet pour essayer de trouver les personnalités dont les noms pouvaient correspondre à ces initiales A. W.

Rien de bien époustouflant, en tous cas rien qui puisse me satisfaire.

Le soleil de ce début de journée était une invite mais aucune envie de sortir. Besoin de rester avec mon mystérieux arrière-grand-père, Alicia et Arthur. Ils occupaient ma pensée insidieusement, comme des ombres reconnues, devenues familières. Et si je voulais rapiécer, éluder, occulter, les choses m'échappaient. Je m'habillais de sombres évidences, d'échos assourdissants. Mon corps devenait celui d'une autre, emberlificoté dans d'étroits oripeaux.
La terre n'était plus ronde, je marchais sur un cube, la tête en bas quand quelqu'un lançait les dès. Ma pensée ne suivait plus, elle se déployait comme un éventail qu'on agite, ou
elle s'enroulait, devenait escargot et je retournais au centre.

J’essayais de remettre méthodiquement de l’ordre dans ce capharnaüm : August Werther avait disparu à Pékin. Alfred de Waldersee avait certes dirigé le commandement des forces suprêmes en Chine, Alicia lisait avec les pieds. Mais tout ça mis bout à bout ne ressemblait à rien.

J’avais fini par consulter le bon vieux Larousse à la lettre W, épluché les noms et les prénoms compatibles. Il y avait bien Alexandre Waleswski.

 

 

Alexandre Walewski. Il était le fils de Marie Walewska et de Napoléon. Marie Walewska, morte en couche, et dont le coeur est déposé dans la crypte des Ornano, quoi de plus romantique ?

Par Conchita
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