J'étais sans voix, sans mots, sans lèvres, sans oreilles et les bras m'en tombaient.
Je voulais de toutes mes pauvres forces trouver une voie, et lui n'en voyait pas.
Les bases de l'épopée étaient déjà branlantes, nos regards allaient s'essouffler, la blessure s'infecter, la respiration devenir aveugle à force de n'avoir plus d'horizon. Pas encore dans une spirale borderline, mais les symptômes s'aggravaient, j'étais dans l'état intermédiaire. On ne peut plus intermédiaire, même pas second, entre deux océans.
J'avais essayé de nettoyer la plage après le passage des aoûtiens, le seul détritus dont je ne pouvais me débarrasser était un vulgaire mouchoir, aux bords dentelés, dont les initiales m'avaient subjuguée.
Je m'appelle Conchita Werther, Monsieur, comment osez-vous m'appeler marquise des orages ? Je ne suis pas marquise, Monsieur, je hais les rencontres dans les douves, les bals masqués, le surnaturel qui revient au galop quand on lui a mis une tape sur la croupe pour qu'il rentre à l'écurie. Je hais tous les destriers, les princes charmants, les contes de fées qui durent mille et une nuits. Pas le temps, Monsieur, de vous attendre tout ce temps. Distillez, semez les cailloux, Poucette ma bonne se chargera de les ramasser.
Monsieur, tout ça coule de source, même l'heure à l'amble de l'ennui. Antérieurs gauche et droit. Postérieurs gauche et droit, tout est simple aux yeux de l'éternité. Et l'éternité est perdue jusqu'à l'ivresse. Pour l'amour aussi ça coule de source, mais les jours se lassent, se déshabillent pour nous laisser leurs oripeaux de volupté, leurs désirs monotones. Et ça coule de source de marcher droit : 1 + 3 + 2 + 4, c'est si peu de chose à faire !
Sauter d'une brindille à l'autre, je sais faire, très bien même. Allumer les feux de camp, préparer la soupe, dresser la tente, souffler sur les braises, c'est facile quand on a été Petit Loup Toujours Prêt. Voire...

Le fauteuil était suffisamment profond pour qu’elle s’y installât comme dans une coquille hospitalière. L’écharpe de soie, nouée sur ses yeux, lui cachait l’homme appuyé au chambranle de la porte. Seules sa voix et sa respiration heurtée, presque spasmodique lui parvenaient, à peine palpables, dans un écho ouaté et rassurant...

Qu'est-ce que c'était que ce charabia ? Jusque sur mes pages, maintenant ! Des mots de quelqu'un d'autre, des mots hors de moi. J'étais hors de moi, mais qui pouvait le savoir ?







Avoir une personnalité borderline n'est pas un drame en soi, car après avoir acquis une bonne conscience de ses vulnérabilités, les traits de personnalité d'hier générateurs de difficultés (trouble relationnel, chaos intense, sentiment de vide, rage) deviennent des générateurs de potentialités (intelligence émotionnelle, hypersensibilité, passion, authenticité, spontanéité, compassion) disait ce médecin américain.
Par Conchita
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