«Il est certains mots étrangers qui s'imposent à notre mémoire par leur seule vêture sonore, mais dont la signification continue de nous rester opaque, soit que nous ne parvenions pas à la fixer en nous, soit que nous n'entreprenions rien pour la rechercher. Ainsi en fut-il longtemps pour moi du mot anglais serendipity qui sonnait comme un composé bizarre de sérénité et de compassion. Des années durant, je conservai serendipity dans ma tête, me refusant d'en aller consulter le sens dans le dictionnaire, sans doute par crainte d'être déçu par une définition qui, en un brusque retour au principe de réalité, ruinerait tout le charme des syllabes étrangères. Mais il y a peu de temps, retrouvant ce mot dans un texte et ne pouvant parvenir à en deviner le sens, malgré le contexte et peut-être à cause d'un obscurcissement de l'esprit dû à ce charme même, j'ai dû me résoudre à recourir au dictionnaire. Quelle n'a pas été alors ma surprise de découvrir qu'il n'existe pas de terme français correspondant à serendipity et qu'il convient de le rendre selon le contexte par au moins deux périphrases : « découverte heureuse ou inattendue »; « don de faire des trouvailles ». Ce mot désigne donc aussi bien l'objet trouvé si cher aux surréalistes, que la faculté, par eux développée au plus haut point, de découvrir ces objets. Et la révélation de cette double signification sonna en moi comme une trouvaille qui en redoubla le charme phonétique et, déjouant mes craintes, échoua à l'effacer.»
Je séchais lamentablement, comme une ancienne larme sur la joue, versée je ne savais plus pourquoi ni pour qui. Ces larmes presque plaisir, souvent désir, des torrents de regrets, de remords, de rage, mais qui ne rassasient jamais, tant elles sont renouvelées, remplacées, insatiables de trouver à se déverser.
Ce jour s’annonçait pourtant comme une symphonie.
Enfin voler dans un jour éternel, sans crainte d’intrusion, guidée par la lumière, quelquefois détournée par les nuages, mais le pied sur l’accélérateur de particules, le regard rivé sur le collisionneur à protons.
Le pas de danse se balançait, un pied en dehors du tapis, l’autre sur les arabesques, le troisième tentait vainement de tremper un orteil dans la mer de la Tranquillité.
Ce matin, boîte aux lettres envahie comme tous les mardis de numéros utiles : dépannage serrure-électricité-pizza-sushis-traiteur italien-livraison gratuite-réflexologie plantaire-test de bien-être corporel.
Seule. Je n’aimais pas les parenthèses, ni les points de
suspension.
Pour savoir quelle est votre relation avec votre corps, faites le petit test ci-dessous.
Ca n’était pas le questionnaire de Proust, mais me prendre au jeu, utiliser les espaces stratégiques, prendre position…
1. Ressentez-vous parfois des douleurs musculaires dans la nuque ?
L’arthrose, mon pauvre monsieur.
2. Etes-vous sujet aux douleurs musculaires dans le reste du corps ? (cuisses, par exemple).
Non, pas les cuisses, plutôt du deltoïde au fléchisseur commun superficiel.
3. Votre dos est-il voûté, vos omoplates sont-elles saillantes ?
Vous vous regardez souvent dans le dos, vous ?
4. Lorsque vous parlez à quelqu'un, le regardez-vous droit dans les yeux ou préférez-vous fixer votre regard sur un autre point ? (sur le nez, par exemple).
Je regarde toujours les miroirs de l’âme.
5. Parlez-vous d'une voix saccadée ?
Sac… à quoi ?
6. Faites-vous du bruit lorsque vous manipulez des objets ?
Oui, quand je joue au 421.
7 Votre corps présente-t-il des asymétries flagrantes (une épaule plus tombante que l'autre, une hanche plus ronde que l'autre, etc.) ?
Je vous réponds demain, mon miroir est en panne.
8. Si l'on vous offrait la possibilité de changer de corps, accepteriez-vous immédiatement ?
Le 3 septembre 1928, le docteur Alexander Fleming, 47 ans, de retour de vacances, retrouve son laboratoire de Saint-Mary's Hospital, à Londres. Il constate que les boîtes de Petri, où il faisait pousser des staphylocoques, ont été envahies par des colonies cotonneuses d'un blanc verdâtre. C'est qu'elles ont été contaminées par les souches d'un champignon microscopique, le penicillium notatum, qu'utilise son voisin de paillasse.
Il y a des bêtes terribles au réveil, quelquefois du bonheur.
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