Quand il fait nuit noire, il ne sert à rien de repasser en boucle la nuit
noire.
Le rideau s’est refermé sur toi, un frisson, presque
ingénu.
Dérouler la pelote des mots, l’espace, l’horizon, qui ressemblent tant au
temps. Même si j’ai tort d’avoir commencé, je deviens obstinée, le temps n’a plus de prise, le refus de souffrir ne m’arrête pas. Je persiste à ne pas être immortelle, je suis un bateau de papier
au gré du vent, une bouteille à la mer. Tes mains, que j’imagine comme des cris sur ma peau qui se froisse de tant de tendresse qu’elle m’en fait mal. Ces mots qui s’inventent avec l’oubli, les
déchirures, les étreintes du petit matin et les nuits de tempête, j’ai envie de te les faire entendre, ceux qu’on a envie de dire quand on ne se sent pas le droit de les dire. Venir chez toi à la
tombée du jour, laisser mon parfum sur ta peau et mon odeur dans tes draps, des paysages entrevus, qui disparaissent tant ils sont pleins de neige. Les notes du piano s’égrènent, ma cigarette se
consume, terribles cendres de l’amour qui meurt finalement, de peur d’avoir à vivre. Comme un fruit pas encore mûr qui se serait perdu dans les saisons, sans autre âge finalement que celui de
l’enfance ou du rêve. Une femme ne se déshabille pas, elle s’habille pour être déshabillée, parée de toutes les illusions, de toutes les voluptés. Elle est quelque part comme un chien qui veille
et qui attend que tu reviennes.
J'étais depuis des siècles assise à ce bureau, il était déjà cinq heures et le
froid du petit matin commençait à m'engourdir. Je sentais ses griffes me lacérer le dos, me picorer les doigts. Mais je ne pouvais pas me détacher des messages que je relisais à m'en faire
imploser les yeux. Je cherchais à entrevoir derrière ses mots une lueur qui n'était encore qu'un vieux phare cassé, mais qui me montrerait le port. Un code secret, un nombre magique, un sésame
pour entrer dans cette caverne. Je savais que nous étions au-delà. Non pas dans l'au-delà éthéré, mais dans une autre matérialité que j'avais d'abord refusé d'accepter. Je regrettais presque le
tapis de prière à boussole, je voulais vérifier cette histoire de particules élémentaires que j'avais lue, de particules et d'antiparticules qui en se rencontrant...
Mais à ce stade, je freinais des quatre fers : je me nourrissais de l'énergie, concevoir pour cela la destruction d'un rêve était au-delà de mes forces cosmiques.
Mes forces cosmiques qui déclinaient. Les moteurs de l'Airbus A 319 avaient
encore des ratés. C'était un tel capharnaüm dans ces limbes, que j'étais prête à faire l'école des incantations pour y sauter sans parachute. J'allais avoir Hécate et ses chiens à mes trousses à
vouloir piétiner les terres de Lucifer.
Ne pas perdre le fil, ne pas devenir un ver à soie encombrant dans les mains d'Ariane.
Ne pas le prêter à Pénélope surtout. Pas la patience de faire et défaire. Le
temps compté.
Alice ramassa l’éventail et les gants ; et, comme il faisait très chaud dans la pièce, elle se mit à s’éventer sans arrêt tout en parlant : « Mon Dieu ! Mon Dieu !
Comme tout est bizarre aujourd’hui ! Pourtant, hier, les choses se passaient normalement. Je me demande si on m’a changée pendant la nuit ? Voyons, réfléchissons : est-ce que
j’étais bien la même quand je me suis levée ce matin ? Je crois me rappeler que je me suis sentie un peu différente. Mais, si je ne suis pas la même, la question qui se pose est la
suivante : Qui diable puis-je bien être ?
Dans une dizaine de jours, ce serait l'équinoxe d'automne. Le jour et la nuit allaient danser main dans la main.
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