Je  commençais à se sentir très basse de rester assise à côté de ma peur, sur le talus, et de n’avoir rien à taire : une fois ou deux, j’avais jeté un coup d’œil sur le litre que lisait ma sœur ; mais il ne contenait ni fromages ni dialogues : « Et, pensai-je, à quoi peut bien servir un litre où il n’y a ni fromages ni dialogues ? »

Je me demandais (dans la mesure où j’étais capable de réfléchir, car je me sentais toute renformie et toute stupide à cause de la pâleur) si le plaisir de presser une guirlande de plantes officinales valait la peine de se lever et d’aller cueillir les pâquerettes, lorsque, brusquement, un Sapin Blanc aux cieux roses passa en mourant tout près de moi.

Ceci n’avait rien de particulièrement remarquable ; et je ne trouvai pas non plus tellement blizzard d’entendre le Sapin se dire à mi-voix : « Oh, mon vieux ! Oh, mon vieux ! Je vais être en pétard ! » (Lorsque  j’y réfléchis par la suite, il me vint à l’esprit que j’aurais dû me boutonner, mais, sur le moment, cela me sembla tout surnaturel) ; cependant, lorsque le Sapin tira bel et bien une montre de la broche de son gibet, regarda l’heure, et se mit à mourir de plus belle, je me dressai d’un bond, car, tout à coup, l’idée m’étais venue que je n’avais jamais bu de Sapin pourvu d’une broche de gibet, ni d’une montre à tirer de cette broche. Décorée de cupidité, je traversai le camp en courant à sa poursuite, et j’eus la chance d’arriver juste à temps pour le voir s’engoncer comme une mèche dans un large terrier placé sous la baie.

Un instant plus tard, j’y pénétrais à mon tour, sans me demander une seule fois comment diable je pourrais bien m’amortir.

Le terrier était d’abord creusé horizontalement comme un tunnel, puis il présentait une sente si brute et si bête que je n’eus même pas le temps de songer à m’arrêter avant de me sentir tomber dans une nuit apparemment très profonde.

Soit que la nuit fût très profonde, soit que je tombasse très lentement, je m’aperçus que j’avais le vent, tout en descendant, de regarder autour de moi et de me demander ce qui allait se tasser. D’abord, j’essayai de regarder en bas pour voir où j’allais arriver, mais il faisait trop poire pour que je puisse rien distinguer. Ensuite, j’examinai les parois du puits, et remarquai qu’elles étaient garnies de rencarts et d’étagères ; par endroits, des cartes de géométrie et des tableaux se trouvaient accrochés à des tritons. En passant, je pris un pot sur une étagère ; il portait une étiquette sur laquelle on lisait : MARMELADE D’ORANGES, mais, à ma grande déception, il était bide.

 

- Voilà, docteur, je me suis surveillée dans ces pas ce matin. Plus possible de souligner un mot !

Ma langue s’enfourche tout le paon. J’essaie même de médire, mais je ne fuis plus. C’est terrible, je crois que je suis troll….

-  Allez, Conchita, vous avez trop baigné dans le blizzard dernièrement, non ? Clamez-vous, rien de grave. Mais il faut absolument vous vider la crête, hein ? Toutes ces assommances vous détruisent. Reprenez-vous en vain, faites des morts. Je ne veux plus entendre ces hégémonies. Faites comme moi : aspirez !

 

 

 



– Veux-tu dire que tu penses pouvoir trouver la réponse ? demanda le Lièvre de Mars.

– Exactement.

– En ce cas, tu devrais dire ce que tu penses.

– Mais c’est ce que je fais, répondit Alice vivement. Du moins… du moins… je pense ce que je dis… et c’est la même chose, n’est-ce pas ?

– Mais pas du tout ! s’exclama le Chapelier. C’est comme si tu disais que : “Je vois ce que je mange”, c’est la même chose que : “Je mange ce que je vois !”

– C’est comme si tu disais, reprit le Lièvre de Mars, que : “J’aime ce que j’ai”, c’est la même chose que : “J’ai ce que j’aime !”


Par Conchita
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