Les prédestinations (...) ont des impasses, des cœcums, des tournants obscurs, des carrefours
inquiétants offrant plusieurs voies. Jean Valjean faisait halte en ce moment au plus périlleux de ces carrefours. Il était parvenu au suprêmecroisement du bien et du mal. Il avait cette
ténébreuseintersection sous les yeux. Cette fois encore, (...), deux routes s'ouvraient devant lui; l'une tentante, l'autre effrayante. Laquelle prendre?
A force de tenter de briser les miroirs, casser la glace, m'interférer dans des rencontres qui
bouleversaient mon esprit, je me retrouvais assise sur la pierre humide, en ce début d'automne venteux, assise, trop rongée de doutes pour pouvoir rabibocher les tapis volants, les chapeliers
fous, Ariane et Pénélope... L'ombre bruissante des marais alentour résonnait de tout ses feux et consumait mes dernières
forces. Procéder par ordre, si ce n'était qu'un simple embranchement, un de ces lieux de rencontre qui appelait la
bifurcation, le retour même, l'acceptation de l'erreur, l'opiniâtreté d'une idée. L'heure, entre chien et loup, de ces heures coincées à la pendule, qui traînent leurs augures comme des
oriflammes. Tenter de croire aux points essentiels, à partir desquels tous les incertitudes étaient permises, tels
qu'appris à l'école : le Nord, le Sud,l'Ouest etl'Est. Une évidence qui ne paie pas de mine, mais toujours en quête de (re) connaissance. Simple, comme les quatre
points cardinaux, en somme. Il était temps que j'ouvre les yeux. Trop dormi sous les frondaisons ensoleillées du Père-Lachaise, à
rêvasser, à triturer des mouchoirs déjà usés de souvenirs. Le Nord ? Point d'ancrage de ma pauvre boussole, déjà j'étais sur une pente
instable. Le Sud ? L'exact opposé, mais mon Egypte, Isis, Osiris, Thot, Anubis, Bès. Les sables mordorés, le Nil
rassurant, allongée dans la barque solaire. L'Ouest ? Mais j'y étais déjà ! Le dernier point s'imposait presque comme une magnétique vision de retour : mon Est. Plein de moi et
cependant... qui débordait de trop d'ombres castillanes, de mon père sous la pierre, de son accent accroché à ses lèvres comme un drapeau, de ses souvenirs couchés, dans cette nouvelle langue que
nous comprenions quand même, sur un cahier d'écolier. Ce carrefour avait l'air assez large pour offrir une ligne de fuite, mais j'avais les fesses aimantées,
j'étais l'intersection, le rond-point déguisé de pancartes. Pour peu... La nuit se montrait. Ne pasfermer les yeux. Lutter, lutter ferme, comme une promesse d'aube échevelée. Prendre le travers, les raccourcis. J'avais une petite voix dans la tête, un vieux microsillon éraillé.
Je suis Hubert, nain numérique de jardin. Je marche dans vos plates-bandes, pardon. Mais la prophétie
va s'accomplir, les yeux vont trouver leur horizon, les gants de Maria enfin servir, les oies vous protègent de leurs ailes.
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