J’étais, contrairement à mes habitudes, sortie ce jour-là par l’entrée principale du Père-Lachaise. Entrer par les sorties, sortir par les entrées, danser le tango sur les tapis de prière, porter un dé à coudre à l’annulaire comme un talisman… les spécialistes avaient des mots pour qualifier cet esprit : frondeur, récalcitrant, rétif. Rebelle ?
Le boulevard de Ménilmontant m’était moins familier que l’entrée Gambetta, plus triste, envahi de marbriers funéraires, un vrai cimetière ! J’avais rendez-vous avec une amie qui devait visiter l’appartement récemment laissé par une vieille dame de 90 ans, pour y trouver meubles et bibelots qui puissent échapper aux voracités antiquaires et rendre service à sa petite-fille, elle-même employée fidèle chez Lecreux, et prénommée Lydia. C’était beau comme l’antique.
Les passants passaient, repassaient, ne trépassaient pas, ç’aurait été incongru de rendre l’âme à César (qui n’avait rien demandé) là, comme un pied de nez.
Il faisait encore très beau, très doux, même l’automne ne parvenait pas à nous
glisser ses feuilles mouillées dans les chaussures, le ciel était tout juste marbré, mais encore ardent de promesses, de respirations.
Plantée là, au milieu de la chaussée, une pauvre caravane, de celles qui
hantent les fêtes foraines de nos enfances. Une misérable enseigne, des reproductions de lames du tarot en carton-pâte, un vague écho dans un journal, protégé de la pluie par un sac plastique aux
couleurs du supermarché voisin.
De ces paysages où mon arrière-grand-père pointait son nez, ma grand-mère me caressait les cheveux, mon père me parlait. La Chine, l'Allemagne et l'Espagne réunies dans ce tas de tôle défiguré et muet.
J'attendais, mais je n'avais pas le temps de me perdre dans des arcanes. Mon
amie Monique n'avait que faire de mes mirages, elle qui comptait, décomptait le temps, les heures et les minutes. Monsieur Enfert était mort depuis 27 ans, 3 mois et 2 jours.
Pressée de retourner au carrefour, où j'avais abandonné les filles, avec leur
sac à dos, leur carte. Pas très confiance en la Duchesse, acquise à la cause à force de billets. Les deux autres étaient trop fantasques pour que je puisse m'y fier.
Ma chère Conchita,
Je tiens à vous confirmer que des événements bénéfiques exceptionnels vont bientôt modifier votre vie car le Grand Moment tant souhaité que vous attendiez est arrivé.
Des bouleversements positifs considérables vont se produire pour vous...
Mais attention, vous devez impérativement vous préparer pour en recevoir
les fruits si vous voulez vraiment que la chance et l’amour entrent définitivement dans votre vie.
Les pauvres, qui soient-ils, relisaient-ils leurs insanités
?
... des événements bénéfiques exceptionnels vont bientôt modifier votre vie car le Grand Moment est arrivé... Des bouleversements positifs considérables vont se produire pour vous...
Un grand moment majuscule, tu parles !
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