Dimanche.

Réveil difficile des dimanches, qui suivent les samedis, qui suivent les mercredis, qui suivent les lundis, qui suivent les jeudis, qui suivent les dimanches. Les jours se suivent, se ressemblent, s’assemblent, tremblent de minutes additionnées, là, sans autre but que nous inscrire au grand livre du temps qui passe.

Mais dimanche : repos, silence, rituel d’un long bain, bercée par la voix d’Amel Brahim Djelloul chantant Les mille et une nuits, quiétude du hammam et des senteurs épicées. Quelquefois, les notes du Requiem de Mozart, pour démarrer dans la plénitude et la sérénité avec ce qui était pour moi la plus douce musique du monde. Réveils aux accents aussi éclectiques que l’humeur, car il y avait aussi la radio, les infos, la météo, les aristos, les mégalos, les rigolos.

La dernière catégorie avait le don au moins de confectionner de jolis pansements, d’empêcher les plaies de s’infecter.

Je ne concevais l’écoute du bonheur autrement qu’avec des sons excessifs, amplificateurs de la félicité. Les rites avaient cette seule importance : remettre ma pendule à l’heure après la nuit, le cauchemar, le billet de trente euros que je sortais de mon portefeuille, le souffle qui menaçait de ne plus souffler les réponses, la narine droite encombrée, les orteils défaits de crampes.

Mais, bonne nouvelle : nous étions le 27 septembre. L’équinoxe d’automne était passé, et ses colères, sans que j’y prenne garde, par de sorciers à l’horizon, de sarabande endiablée, de cris lancés vers la lune ni d’invocation lugubre. Pour autant, je me sentais inquiète et il faut bien l’avouer coupable d’avoir envoyé Alice, Aurore et la Duchesse sur les chemins, avec pour seule boussole des directives aussi claires qu’une rivière après l’orage.


 

Aurore...

La démarche est nerveuse et précipitée ; on dirait que la native a toujours trois gangsters ou trois créanciers à ses trousses.

Aurore se sent à l'aise dans tous les métiers où l'on doit utiliser... sa salive. De la vente à la criée au porte à porte, de l'enseignement à la politique, de l'action syndicale à la presse parlée, le choix est vaste. Bien que sa capacité d'adaptation soit grande, elle ne déteste rien tant qu'un travail de routine, avec des heures fixes. Elle convainc sans grande peine ses interlocuteurs. Ses arguments, cependant, ne sont pas toujours objectivement valables. Très sensible à la flatterie, elle a un besoin énorme de compliments et d'applaudissements. Pour peu qu'on satisfasse ce besoin, elle est capable de soulever les montagnes et de se dévouer corps et âme ; elle fait alors preuve d'une efficacité exceptionnelle, mais l'imprévoyance est un de ses pires défauts.

Alice

Les yeux brillants, la voix claire et les gestes lents dénotent une volonté forte.

Il est à remarquer que la native veut toujours porter la culotte et ne transige pas sur ce point. Elle peut être douce, dévouée, fidèle, sage, enfin tout ce que vous voulez, sauf soumise. Pourtant, en société, elle sait souvent simuler la docilité et la discrétion afin que les gens ne puissent se douter de rien.

Duchesse

Si elle se présentait à un concours de beauté, elle aurait peu de chance de gagner un titre : ses mensurations ne répondent guère aux normes conventionnelles. Mais regardez-la évoluer! Mon Dieu, quelle démarche souple, majestueuse et pleine d'assurance ! Quelle vivacité aussi !

Duchesse est tout ce qu'on veut, sauf lymphatique. Le corps est svelte, aux contours nets et bien dessinés. Elle a les membres galbés et une musculature plus accusée que celle de la plupart des autres femmes.


 

Je tenais tout ça du Livre des prénoms, acheté à la sauvette sur une brocante. Y trouver celui de Duchesse, qui ne m’évoquait que les Aristochats, n’avait pas été la moindre surprise.

Quoiqu’il en soit, l’heure était à mettre le plan de survie sur des pieds aussi solides que ceux du colosse de Rhodes, à se demander, le choix des missionnaires fait déjà, qui allait rentrer la besace remplie de signes et de plaques appliquées sur les panneaux de grande randonnée, ces petits drapeaux qui avaient la manie frénétique de disparaître faute d’entretien des sentiers.

Les « qualités » des trois additionnées me convenaient, mais les assembler toutes relevait de la pure folie. C’était la quadrature du cercle, le point de rencontre s’éloignait encore.

 

«Que savez-vous de cette affaire ? demanda le Roi à Alice.

– Rien.

– Absolument rien ? insista le Roi

– Absolument rien.

– Voilà une chose d’importance, déclara le Roi en se tournant vers les jurés.

Ceux-ci s’apprêtaient à écrire sur leur ardoise lorsque le Lapin Blanc intervint : "Votre Majesté a voulu dire : "sans importance”, naturellement, dit-il d’un ton très respectueux, mais en fronçant les sourcils et en faisant des grimaces.

"Sans importance, naturellement, ai-je voulu dire", reprit vivement le Roi. Après quoi, il se mit à répéter à voix basse pour lui tout seul : "d’importance, sans importance, sans importance, d’importance", comme s’il essayait de trouver ce qui sonnait le mieux.

Certains jurés notèrent : "d’importance", et d’autres : "sans importance".

Alice s’en aperçut, car elle était assez près d’eux pour lire sur leurs ardoises ; "mais, de toute façon, pensa-t-elle, cela n’a pas la moindre importance."

 

 

 

"Si vous voulez attraper l'oiseau, ne secouez pas l'arbre sur lequel il se perche", conseille un proverbe vietnamien.

Par Conchita
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