Conchita n'est généralement pas très belle mais toujours mignonne. Elle a les traits réguliers, le cou assez long et délicat, les seins menus mais fermes et bien plantés, la silhouette originellement fine. C'est le type de femme que les hommes aiment regarder sans pour autant avoir des idées "malhonnêtes". On est souvent frappé par ses grands yeux qui lui donnent l'air de passer constamment d'un étonnement à un autre. Conchita est sentimentale sans être romanesque.

La native est douée pour être excellente maîtresse de maison.

 

Portrait bien loin de la réalité, j’avais dépassé la date limite de consommation, remisé au grenier les soldes, les liquidations et les ventes promotionnelles, tout un tas de choses achetées sans hésiter, persuadée qu'il s'agissait là d'affaires avantageuses.

C'est ainsi que les placards étaient bourrés de pelotes de laine désassorties, de coupons de tissus avariés, de trente-six paires de chandelles, de montagnes de livres sur l’escalade, d’épouvantables épouvantails, de pièges tendus, de chausse-trappes, d’albums de Jo et Zette, d’oiseaux de nuit tombés de l'étagère, de bêtes à corne, de proverbes égyptiens, de discours sans fuites, de relents d’illusions, de hauts ou de bas-résille, de poudre à éternuer, de clés de l’énigme, des songes, des champs, d’une petite chaise de rotin de mon enfance, de baisers à la sauvette, d’espoirs amidonnés, d’histoires à dormir debout, de neige jusqu’aux genoux, de mines de rien, de marches turques, de rasoirs pour barbe à papa, de directeurs d’étude sans bureau, de cactus sans peau, de peaux de lapin rassemblés sous le manteau, de manteaux de cheminée, de palets de marelle, d’un jeu de Nain Jaune, de casseroles qui courent après leur queue, de chas d’aiguille dans la gorge, d’anguilles sous roche, de noix vomiques, de voix comiques, d’anacoluthes, de regards en coin, de flacons d’éther mité, de fers à friser les cheveux sur la soupe, de secrets culinaires, de rébus au rebut, d’arrêts aux heures noires, de maris honnêtes désarticulés, de temps suspendu, de candides ratons, de contes à découvert, de jours sans tain, de nuits sans plumes, de tiroirs concaves, de miroirs qu’on vexe, de boutons-pressions, d’hallucinations, de pierres de l’une, de petits cailloux de l’autre, de chapeaux de sable et de châteaux de paille en Italie.

Ajoutez à cela deux ronds de flan, un carré d’as, une coupe à trèfle restée sur le carreau, un pétale de poupée Corolle, un ours en plus, un train éclectique, des lettres à Elise (avec le ruban) et l’inventaire sera presque complet.

J’allais oublier l’essentiel : tapies au fond de l’armoire, entassées sous les piles du pont, un monceau de fables cousues de fil blanc.

Je luttais contre l’envie de bazarder toutes ces vieilleries, elles étaient aussi mes empreintes, mes estampilles.

 

D’abord, c’était le plus urgent : me débarrasser de ce livre stupide, qui ne faisait qu’ajouter à la confusion. Il me restait cependant un dernier portrait à vérifier




 

Cette description correspondait si peu à la réalité que je connaissais, ou que j’avais entrevue, que je ne doutai plus un moment que les représentations d’Aurore, d’Alice et des autres ne soient encore des leurres. Et il manquait à ma caricature le trait principal de mon caractère : la crédulité.


Par Conchita
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