Ils étaient très bizarres, ces gens qui me gavaient de daphnies phyllopodes cladocères. Je commençais à l’avoir saumâtre et ils ne m’inspiraient guère avec leurs airs d’empêcheurs de respirer en rond. Comme si je n’avais pas assez à faire avec mes cartes détrempées, battues et rebattues par les courants. Je ne savais pas comment entamer la partie. Leur couper l’air sous le pied ? Ce n’était guère envisageable, j’avais appris à me méfier des pieds et des contrepieds.
Surtout depuis que les homards dansaient le quadrille et que la nouvelle lune coupait mes cheveux en quatre.
Je n’avais pas prévu non plus, depuis l’expérience du tango, de Manuel (c’était, je l’avais appris, le véritable prénom de Jean-Charles) et encore moins de brosse à géométrie capillaire variable.
La rencontre avec l’autre Wilde, une espèce disparue, engageait à nager en eaux troubles. Facile de faire des pitreries chez son ancêtre, de poster à la porte un valet tout juste bon à servir à la table de baccara, depuis que la reine lui avait ôté toute faculté de marcher sur la tête. Quant à l’autre, au sein pâle, complètement toqué. Gâcher du thé, vraiment !
Les petits riens faisant les atouts, j’étais, ce soir, au milieu d’une partie dont les règles, fixées par je ne savais quel mathématicien fou, s’échappaient à mesure que les rats envahissaient mes dégoûts.
Les rats, des dieux du soleil pourtant bien rangés, au rayon X, étage 17 parce que mes arcanes étaient quelque peu, comme mes sens, dessus-dessous depuis l’intervention scientifique de Bernard.
J’envisageais d’ailleurs le procès d’intention. Celui-là, je lui réservais toute une portée pure race, issue des hauteurs des Carpates.
Pour le moment, concentrée sur mon horloge interne, je tentais d’aiguillonner correctement les rails des marées au passage des frontières entre Pologne et Biélorussie.
Les voies larges, métriques ou industrielles, les voies de garage, les voies du ciel impénétrables comme celles de Jeanne d’Arc. Cette dernière m’attirait, elle était humaine comme une bête et je voyais se dessiner, autour de sa face de cendres, la lumière fassayante du port.
Depuis mon départ, Stéphanie avait résolu de planter la tente à oxygène devant la porte, grand bien lui fasse. Elle tentait de temps à autres de nouer le contact, mais il était si tard, et j’étais bien loin.
- Conchita, troisième droite, la voie est libre, j’ai envoyé les pompiers sur Sloane Square. Take Paradise Walk, on your left side, then, when you'll be at Redburn, call my contact at Osmonde Gate. La porte est ouverte, il suffit de frapper le sbire à l’entrée, c’est un pote.
Pour le moment, ma pauvre fille, j’en suis à essayer de répondre à mes invitations : Munich, Paris, Le Caire, ils me réclament tous. Des conférences sur les vols disparus, les circonvolutions de la Seine, le débarquement solaire… J’en suis à me demander s’il n’y a pas erreur sur la personne. Je vole à marée basse, je circonvolutionne à condition de ne pas rater les cours et au Caire, je suis grillée depuis la dernière éclipse.
Les bizarres continuaient de me lancer des objets : montres, serpillières, recherches de temps perdu, clips de Charles Dumont, plantes fossilisées, crevettes en goguette, sacs Vuitton, portables déportés, crevettes à emporter, montres à montrer, serpillières à semer, piafs enturbannés. Une vraie braderie de printemps.
Mais je n’avais pas envie de traîner aux Puces, encore moins de chanter.
J’avais encore oublié le plan des tuyaux dans ma chambre. Je me souvenais : derrière les radiateurs !
Nuit de pleine lune ?
je reviendrai lire le texte plus tard, faut pas mélanger les cosses-mares !
Ni les cosses tout court, Saravati, ça peut faire péter les plombs ! La preuve, vous voyez la pleine lune à l'heure de la sieste...
Vous croyez que la pleine lune et le soleil de minuit peuvent faire bon ménage ?
Je crains qu'on doive attendre le solstice de juin pour le savoir. Mais il vaut mieux que le sol se tisse que Laure se barre, dit-on en Ecosse !