Pris quelques jours pour mettre tout ça au clair, sabre prêt à jurer ses grands dieux que le but seul valait le coup de fil.
Périple ombragé d'automne, le jardin des hélices en ligne de mire, prête pour l'atterrissage en catastrophe.
Les feuilles avaient pris leur temps depuis fin août, au Père Lachaise comme au Ranelagh, elles s'étalaient telles des Lolita, lascives, péremptoires, dans ce soleil rasoir d'octobre finissant.
J'avais bien préparé le voyage, cheval dans la soute pas prêt de tourner cosaque, itinéraire au corps d'eau, casse-croute, bref une randonnée bien goupillée.

L'humeur du jour était à l'explosion des sens, les interdits, les obligatoires, les tuniques.
Je me sentais tout d'un coup chargée de mission, investie du besoin impérieux de retrouver ma carte SIM, mes textos. Destination : le Luxembourg.
Il y avait les lacs, les noeuds coulants, les pièges à loups, les alouettes au miroir, les décalages horaires, les peaux de vains, et j'avais décidé de me payer des vacances.
Les nains dans ma chaise à rapporteur-photographe, comme de quelconques témoins. Sans voix au chat-pitre. Je ne les tolérais qu'en raison de leur connaissance des jardins, et accessoirement de leur souplesse, qu'ils tenaient de leur passage dans tout ce cirque et dont je pourrais faire usage pour grimper aux arbres, en les empilant tels des bûches,
Saint Narcisse aujourd'hui me piquait l'arrière-train, l'aiguillon venimeux en transe. Je n'allais pas laisser tomber une pauvre bête en rut. J'avais juré fidélité aux animaux : veaux, vaches, cochons, couvées, coccinelles décapotées, papillons à trente euros la paire, sauterelles du paf.
Ne pas baisser la garde, essayer de penser à tout : la carte, les tapis à boussole, le numéro des quinze-vingts et de la Pitié, de Sainte Rita... parée pour les urgences. J'étais déjà morte de fatigue, les yeux dans les vagues, les doigts dans l'oreille et la tête à l'envers.



Par Conchita
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Commentaires

La tête à l'envers permet de remettre le monde dans de justes proportions, avec ce qu'il faut de recul pour détecter les détails qui importent.
Profiter de ce bol d'ère !
Commentaire n°1 posté par Saravati le 30/10/2009 à 08h25
Je ne sais pas vous, mais moi j'aime beaucoup cet axiome de Paul Claudel : "L'oeil écoute".
Commentaire n°2 posté par Chr. Borhen le 30/10/2009 à 18h04
L'oeil écoute et "les yeus sont fertiles". Pas facile d'écrire avec les doigts dans l'oreille, pendue au plafond, dans une main un cactus et dans l'autre une rapière ! Encore des courbatures en perspective.
Réponse de Conchita le 30/10/2009 à 21h10
Si l'oeil écoute j'aimerais, certains jours, fermer l'oreille...
Commentaire n°3 posté par Nicolas Bleusher le 31/10/2009 à 17h36
Surtout pas, Nicolas, vous ne verriez plus la musique.
Réponse de Conchita le 31/10/2009 à 19h09
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