Pris quelques jours pour mettre tout ça au clair, sabre prêt à jurer ses grands
dieux que le but seul valait le coup de fil. Périple ombragé d'automne, le jardin des hélices en ligne de mire, prête pour
l'atterrissage en catastrophe.
Les feuilles avaient pris leur temps depuis fin août, au Père Lachaise comme au Ranelagh, elles s'étalaient telles des Lolita, lascives, péremptoires, dans ce soleil rasoir d'octobre
finissant.
J'avais bien préparé le voyage, cheval dans la soute pas prêt de tourner cosaque, itinéraire au corps d'eau, casse-croute, bref une randonnée bien goupillée. L'humeur du jour était à l'explosion des sens, les interdits, les obligatoires,
les tuniques. Je me sentais tout d'un coup chargée de mission, investie du besoin
impérieux de retrouver ma carte SIM, mes textos. Destination : le Luxembourg. Il y avait les lacs, les noeuds coulants, les pièges à loups, les alouettes au
miroir, les décalages horaires, les peaux de vains, et j'avais décidé de me payer des vacances. Les nains dans ma chaise à rapporteur-photographe, comme de quelconques
témoins. Sans voix au chat-pitre. Je ne les tolérais qu'en raison de leur connaissance des jardins, et accessoirement de leur souplesse, qu'ils tenaient de leur passage dans tout ce cirque et
dont je pourrais faire usage pour grimper aux arbres, en les empilant tels des bûches, Saint Narcisse aujourd'hui me piquait l'arrière-train, l'aiguillon venimeux en transe. Je n'allais pas laisser tomber une pauvre bête en rut. J'avais
juré fidélité aux animaux : veaux, vaches, cochons, couvées, coccinelles décapotées, papillons à trente euros la paire, sauterelles du paf. Ne pas baisser la garde, essayer de penser à tout : la carte, les tapis à
boussole, le numéro des quinze-vingts et de la Pitié, de Sainte Rita... parée pour les urgences. J'étais déjà morte de fatigue, les yeux dans les vagues, les doigts dans l'oreille et la tête à
l'envers.
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