Terrible froid. De ce froid qui pique les yeux, enraye la gorge. Instille une paralysie des sens, des membres, des volontés déjà très clignotantes.

Lumière obscure des tunnels encombrés de trains. Vigilance. Un train peut en cacher un autre disait un écriteau de mon enfance. Je me souviens de cette terreur, mon petit pied bloqué entre deux rails, barrières fermées malgré les prières, sonnerie du passage à niveau stridant aux oreilles.

La peur, l'ombre terrible de la motrice, tous feux allumés.

Je me souviens de ce parc, au détour du passage à niveau il y avait la garderie des soeurs, rassurante, cour cernée de grilles où mon petit frère, si petite tête, était resté bloqué, boucles blondes hurlantes, entre deux tuyaux de métal.

Qu'est-ce qui lui avait pris ? Maman était là, en bas, à nous attendre.

Le bonheur quelquefois a de ces gestes fulgurants qui nous échappent.

Cris, panique, mais on avait finalement extirpé la tête du piège tendu à l'innocence, le petit oiseau qui s'égosillait avait été rassuré. Je me demandais ce qu'il restait aujourd'hui dans ses rêves de ce passage à l'échafaud. De ce souvenir de la hache qui s'abattait sur son cou déplumé, si facilement accessible, si ouvert, si tendre.

Carton rouge à la camarde, à l'affût de chair fragile, saignante à force de souffrir, la victime désignée. Facile, madame. Enfin madame, n'exagérons pas dans l'obséquiosité : machine.

Je vous ai vue, de près, je vous connais. Vous êtes une collectionneuse de derniers souffles, d'agonies révoltées, de guerriers pétrifiés rendant les armes avant de vous avoir en ligne de mire, paralysés au moment de régler la hausse. Dont le fusil s'enraye quand il faut tirer la dernière salve, vivre le dernier baroud, présomptueux, fiers et droits dans leurs bottes.

Pauvre chérie... Je vous plains de cette vie d'errance. Je vous plains de traquer les charters de la honte, les agriculteurs mécontents, les suicidés des jours pluvieux, les clandestins indécents fuyant leurs rives mouvantes. Je vous plains, très sincèrement, de croiser sur le chemin ces résistants de l'invisible, aux comportements schizophrènes, selon votre dictionnaire. Si préoccupés de leur peau fragile et asséchée, pathétiques à force de crever d'autres pathologies que l'augmentation du prix des cigarettes, de virus programmés, enfumés, stratifiés.

Des plans.

 





Cauchemar, juste un cauchemar.

J'étais déjà à sauter du coq à l'âne, du choc à l'âme, d'un pas que je voulais sûr mais qui n'était qu'une empreinte.

 

Par Conchita
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