Il y avait toujours entre les plis de mon drap de pierre, à peine moussu, une fleur déposée par
une main nimbée de feuilles glacées, toujours. J'aurais aimé y voir une lettre d'Arthur, un dépliant avec le nom d'un plombier, d'un sauveteur de l'électricité, une carte marine pour naviguer
autour de ce visage enseveli, sous les os. Ce visage crevant de cauchemar se tendait vers moi, implorant, étouffé, et si calme. Frôlé par les cris des corneilles et des pigeons affamés, caressé par les chats efflanqués,
effleuré par le souffle des passants passant en passant, juste passant. Comme une sépulture de corail au fond des eaux, un champ d'anémones bercé de lumière, au fond, tout au fond. Qui était-elle cette voix qui me racontait ces histoires hors le temps ?
Lisait-elle avec les pieds, cette surveillante du ciel, cette aiguilleuse de vols écoutée des oies ? Epiait-elle les arrivées des trains aussi, l'oscillation des rails au passage des frontières,
les messages sans voix aux réponses tapageuses ? Le lapin blanc finissait par se ganter de tempêtes torrides, de tsunamis endiablés. Je me demandais si les rêves de ces derniers mois, éclairés aux réverbères rendormis, ne
menaient pas, au fond, à travers les ornières dépenaillées et les méandres à angle droit, à une sorte de ciel fourbu, ce siècle de mon enfance, nimbé de pots de confitures interdites à basse
altitude, d'équipages de survie aussi. Parce qu'il ne suffisait pas de surveiller les perturbations assise à côté des trains, ni de croire aux miracles des sons entendus par-delà l'aurore. Les
carillons, les baisers au seuil du sommeil, le martinet vigilant avec ses lanières de pêcheur. Pourquoi Bernard et les autres cherchaient-ils à me persuader que j'étais née ?
- Conchita Werther, n'ouvrez pas les yeux.
Enfin, une voix amie. Une sono déglinguée.
- Ne dites rien, surtout rien ! Bernard est Sherlock. Le moindre mot, la moindre standing ovation et vous partez pour la triple boucle piquée !
Ce nuage était accueillant, la barbe à papa de mes désirs, même si ce timbre dépourvu d'intonation ressemblait qu'à une erreur de tir.
Trop grande, trop petite, trop coiffée de pierre, trop embastillée dans cette pellicule.
Remplies de boue aussi, plein les bottes, vraiment de ces chemins pas balisés ! Perdu mon tapis à boussole en plus. Prêtre taïoste en vue : savoir user du bon projectile, mais pas encore trouvé le
bon usage des larmes.
Et pourtant il y a tant de couleurs, là dans cette vallée...sourire. J'ai jamais cru aux attentes, elles ne servent à rien, et je crois fondamentalement qu'attendre ça n'existe pas.
Commentaire n°4
posté par
Volcane
le 25/01/2010 à 22h24
Un simple écart temporel, Volcane, un simple écart temporel. Le problème est que mes hanches ne me permettent plus ce genre de gymnastique sans courbatures...
J'aime les réponses tapageuses qui précèdent les messages silencieux. Elles sont pleines d'une sagesse illusoire qui donne chaud au coeur et élan à l'imaginaire.
Commentaire n°6
posté par
Saravati
le 30/01/2010 à 15h49
L'élan de main qui chante et réveille la Marquise des orages ?